Frederic était grand, brun, d'une allure sportive, naturellement enjoué, sociable. Il habitait un de ces appartements cossus situé rue du Destin. C'était un de ces jeunes hommes qui brisent les coeurs de femmes comme on piétine les marguerites lorsque l'on se promène dans la fôret, inconsciement, machinalement.Il avait une longue journée devant lui. Frederic en effet était un yuppie, il travaillait dans la publicité et ce secteur avait besion d'un homme comme lui. Tout lui souriait, il ne manquait de rien, et il en avait conscience, c'est ce qui faisait le secret de son bonheur. Frederic faisait également preuve d'une assurance trop étalée. Il était en effet toujours très sûr de lui, de ce qu'il était, de ce qu'il pouvait être. Il avait une assez haute idée de lui meme, reflétée par l'image que lui réfléchissait son entourage. Pour lui la vie n'était qu'un chemin dont l'issue serait...serait...
Avant de s'engoufrer dans le métro, il leva les yeux et aperçu dans le ciel limpide la lune, toute blanche, pleine et majestueuse, que personne ne daignait regarder. Lorsqu'il cessa de l'observer à travers la vitre du bar, Morféo se leva de son tabouret, salua, puis sorti, provoquant de nouveau la création d'un nuage d'air frais. Il se mit les mains dans les poches puis déambula de nouveau pendant près d'une heure dans ce froid glacial, subissant les regards moqueurs ou de pitié des passants. Il pénétra dans un square où il n'y avait pas âme qui vive, personne aux alentours, puis s'asseya lentement sur un banc face à une splendide sculpture qui représentait une femme à demi-nue couverte seulement d'une large étole. Mais Morféo était si blasé qu'il était absolument incapable d'admirer les traits si parfaits de l'oeuvre, la beauté féminine si somptueusement bien représentée. Il observait les pigeons voler, se battre pour une miette. A quoi pensait-il? A des jours où il avait été plus heureux?Où il ne sucitait pas la pitié? où il aimait les autres, le monde, la vie?...la destestait-il d'ailleurs? En Morféo résidait un mystère certain...Mais personne ne cherchait à connaitre cet homme. C'était Morféo le simple, le gros, le solitaire. Il ferma les yeux...
Lorsque la brusquerie du métro, causéee par la vitesse de son cheminement à travers les entrailles de la ville sorti Frédéric de son léger assoupissement, il ouvrit les yeux grands ouverts. Il se décroisa les jambes puis se passa les mains sur la figure. Il déscendit du métro puis monta quatre à quatre les marches de l'escaliers qui lui permettraient de voir la lumière du jour. Il marcha jusqu'a un coin de rue. Personne aux alentours, comme d'habitude. C'était un coin extrèmement calme situé presque à la limite de la ville. De là, il devait traverser la route. Il pensait à cette fille qu'il avait vainement tenté d'appeler une bonne heure avant mais qui lui avait apparement refilé un faux numéro, "la garce." pensa -t-il en ayant un petit sourire. Un coup de klaxon le sorti brusquement de sa pensée. Il se retourna mais c'était trop tard...Dans un crissement de pneus excéssivement percant la voiture s'enfonca dans les ruelles étroites à toute vitesse. Elle disparut bientôt. Frédéric s'affala malgré lui sur l'asphalte en poussant un cri strident. Il était là gisant presque. Au bout d'un instant, ne voyant personne venir à son secours, il tenta de se relever tant bien que mal, il se hissa vers une grille puis s'en aida. Il tourna la tête désespérement à plusieurs reprises afin de trouver un homme qui puisse le secourir. Ses yeux criaient à l'aide. Il suait, paniquait...En se trainant difficilement, il apercut sur un banc, dans un square, un homme énorme, figé devant des pigeons agités, "enfin quelqu'un! se dit-il A l'aide! A l'aide! Monsieur" s'éfforçait-il d'hurler avec souffrance. Mais l'homme que Frédéric voyait de dos ne bougeait pas d'un poil, immobile, comme un mort." Monsieur, aidez moi!" Frédéric ne comprenait pas. Prit de rage contre cet homme indifférent à sa souffrance et emporté par une force qu'il ne se connaissait pas, il se traina terriblement essouflé, jusqu'au banc sur lequel était assis le seul homme qui pouvait l'aider. Il était à un mètre. Il put alors voir un homme d'une masse corporelle impréssionnate, aux cheveux longs et gras, soutenus par un faible élastique. Il posa sa main sur le banc dans un premier temps afin de se soutenir puis se laissa tomber lourdement. Il attendit que son essouflement s'estompa quelque peu pour pouvoir lancer à la figure de cet homme ses reproches. Calmé, il se retourna vers lui "pourquoi avez-vous feinté de ne pas m'avoir entendu?" Il pu alors voir la figure de l'homme. Il avait un front large, un nez potelé, des lèvres fines et grises. Mais ce qui frappa le plus Frédéric, ce n'était pas la puissante odeur d'alcool qu'il dégageait, mais ses grands yeux vides qui fixaient inlassablement les pigeons. "Dites, insista t-il, vous m'écoutez? J'ai la jambe brisée! un automobiliste m'a renversé et n'a même pas pris la peine de s'arrêter! Ce lâche s'est enfuit! emmenez moi à l'hopital!" Le gros se retourna enfin vers Frédéric...
FIN DU CHAPITRE DEUXIEME